Poussé par des sondages favorables, il se dit que Dominique Strauss-Kahn, l’actuel directeur général du FMI et figure de proue de la
gauche « moderne », se verrait bien le candidat du PS pour la prochaine élection présidentielle. Cette candidature est en tout cas espérée et réclamée par bon nombre de caciques du PS, qui y voit
la seule chance de ravir l’Elysée à Sarkozy.
Sauveur du Parti Socialiste, DSK ? Sans conteste, oui, si l’on se place d’un point de vue purement politicien et électoraliste.
Il faut bien avouer que le personnage est assez populaire dans l’opinion, et qu’il jouit d’une sympathie qui va bien au-delà de
l’électorat « traditionnel » de la gauche. « C’est peut-être parce que je suis loin qu’ils m’aiment bien », admet ainsi
l’intéressé. Tel un Chirac, désormais vacant du pouvoir, il culmine au sommet des sondages. DSK profite indéniablement de son « exil » temporaire à Washington. Il ne dit (presque) rien,
ne fait rien. Il profite pour ainsi dire de ce repli stratégique pour mieux séduire les médias et faire parler de lui, jusqu’à le prophétiser comme une espèce de messie alors que bien peu de gens
connaissent ses positions politiques. Ce qui est pour l’instant un avantage, contrairement – en partie - à une Aubry qui a horripilé nombre de ses concitoyens par ses prises de positions, et ses
actes.
Nombre de militants et de commentateurs socialistes vont même jusqu’à déclarer que cette popularité vient des sympathisants UMP,
lesquels plébisciteraient DSK pour son côté bon gestionnaire, pour son pragmatisme et sa réticence à l’explosion des déficits budgétaires, ce qui apparaît comme un « moindre mal »
comparé à une Aubry, une Royal ou un Fabius. C’est ce que soulignent d’ailleurs les sondages, qui montrent que les sympathisants UMP sont 68% à penser du bien de DSK contre seulement 63% des
socialistes ! Une sympathie qui ne manque de créer un certain malaise parmi certains sympathisants socialistes... Imaginez donc un peu ce que penseraient les UMPistes si leur champion avait une
popularité à 68% dans le camp d’en face !
Sa stature d’expert et de dirigeant international à l’appui, DSK semble donc avoir des atouts indéniables pour sortir vainqueur d’un
affrontement avec le Président sortant….
Mais constituerait-il pour autant une vraie alternative à la politique actuelle ? A-t-on réellement affaire au messie
présenté ?
Hélas, il faut bien reconnaître que non. De Strauss-Kahn, il n’y a rien à espérer, sauf à considérer la peste comme meilleure que le
choléra. Car l’homme n’entend nullement rompre avec les grandes orientations politiques qui ont mené la France et l’Europe au marasme économique et social que l’on connaît. Aucune remise en cause
du fonctionnement et de l’essence de l’Europe de Bruxelles. Ni de l’euro qui tue chaque jour un peu plus la compétitivité de notre économie. Ni du libre-échange intégral qui organise l’assassinat
de notre industrie et le chômage de masse. Ni encore moins du système financier international…
DSK est l’archétype du social-libéral qui s’est échoué sur le mur des réalités. Doté de bons sentiments, mais naïfs. Confiant dans le
marché, mais partisan d’une régulation pour en limiter les excès. Au point de consentir béatement aujourd’hui à son règne tout-puissant, la régulation n’arrivant pas.
DSK résume au fond tout le drame d’une social-démocratie dont les objectifs et la vision sont biaisés depuis des années. Le
libéralisme supposait l’immobilité des facteurs de productions, or ils sont mobiles, entraînant nombre de délocalisations… Les redistributions sociales massives étaient censées contribuer à la
croissance par des mécanismes Keynésiens et Fordiens démontrés en économie fermée, mais en économie ouverte elles ont un effet pervers, car ces redistributions pénalisent les entreprises par des
charges trop importantes et amplifient le déficit financier et commercial des Etats… Enfin, aucune régulation mondiale (le rêve d’un Attali, d’un Pascal Lamy et d’un DSK) rigoureuse n’est en
place, entraînant une formidable machine de dumping social provenant de Chine qui ruine totalement l’industrie européenne et donc la logique des Etats européens sociaux-démocrates. C’est de ce
décalage que vient sa crise actuelle et les répercussions qu’elles ont engendrées sur l’évolution politique du vieux continent ces dernières années : euroscepticisme des populations de plus
en plus important, montée de l’extrême droite, désamour dans les urnes pour les principaux partis socialistes européens.
Désormais à la tête du Fond Monétaire International, qui n’est jamais qu’une machine de guerre financière au service du
néolibéralisme, DSK s’est résolument sorti de l’impasse social-démocrate. Au prix de la plus grande des capitulations. Que peut-on encore attendre de lui ?
On ne devient assurément pas directeur général du FMI par hasard. Il lui a fallu prouver son renoncement à ses convictions originelles
et sa pleine et entière soumission au modèle néolibéral. Sans doute son passage, sous l’ère Jospin, au ministère de l’économie et des finances, où il s’est évertué et même acharné à mettre en
œuvre, sous l’auspice de Bruxelles, une politique de privatisations et de casse des services publics avait déjà dû permettre de juger du niveau de docilité du personnage.
Une docilité que son action au FMI confirme de la manière la plus époustouflante qui soit. Contrairement à ce qu’ont cru les esprits
les plus naïfs lors de son intronisation comme directeur du FMI, DSK n’y a nullement apporté une sensibilité « sociale » voire « de gauche ». Bien au contraire, il s’est
accommodé à merveille d’une organisation qui, sous couvert d’aider financièrement les pays en difficulté, leur enjoint de mener une politique rigoureusement libérale, de privatisation à tout-va,
de facilitation des licenciements économiques et de lutte contre la hausse du SMIC, pour le bien que l’on sait.
Entres autres choses, on aura ainsi pu entendre DSK le « socialiste » faire des
remontrances à l’Ukraine parce qu’elle avait osé augmenter son SMIC si misérablement bas ; qualifier dédaigneusement de « belles âmes » tous ceux qui demandaient, l’année dernière, en
contrepartie du renflouement des banques menacées de banqueroute, un fauteuil au conseil d’administration de ces mêmes banques pour les Etats sauveurs ; se réjouir, pour ce qui est de la
France, de la loi dite de « modernisation de l’économie », estimant qu’elle aidera la France à « faire face aux défis mondiaux, à débloquer la rigidité du
marché des produits et services, et bénéficiera au consommateur ».
Et que dire de son FMI qui, dans un rapport fin 2007, applaudissait des deux mains la politique économique de Nicolas Sarkozy,
l’encourageant à aller encore plus loin dans ses « réformes ». Bonjour l’alternative…
A-t-on encore besoin d’ajouter après cela qu’Alain Minc et BHL lui sont des amis personnels pour appréhender jusqu’à quel point
l’homme est trempé dans la pensée unique ?
D’aucuns objecteront, bien sûr, que rien ne dit encore que le PS se jettera dans les bras de DSK aussi facilement. Beaucoup de
militants de ce parti ne veulent même pas en entendre parler, jugeant que l’homme est au mieux un socialiste « du minimum », au pire un homme tout bonnement « de droite ». DSK
serait ainsi un mauvais représentant pour l’idéal et le combat que porte le Parti Socialiste, qui lui, cela ne se discute même pas, est vraiment « à gauche ».
Pourtant, à la lecture des conclusions de la convention nationale du PS pour « un nouveau modèle économique, social et
écologique » présentées fin avril par Pierre Moscovici, on ne voit trace nulle part d’un PS en coupure idéologique avec Dominique Strauss-Kahn.
Ce que les médias ont présenté comme un « virage à gauche » reste pourtant profondément imprégné du surmoi libéral et
européiste dans lequel est plongé le PS depuis 1983.
Les propositions présentées par Moscovici sont en effet d’une timidité et d’une malhonnêteté déroutante. On nous y refait le coup du
« changer la vie », alors que les propositions – qui ne sont pas en soi toutes mauvaises, loin de là - ne se limitent jamais qu’à être de ridicules ajustements destinés à rendre le
système un peu moins injuste, « un peu moins barbare », pour paraphraser une expression utilisée par Martine Aubry même lors des dernières élections européennes. On ne s’attaque qu’aux
conséquences des problèmes, jamais aux causes : l’Europe, ses traités, l’euro, le libre-échange. Aucune remise en cause du caractère supranational et anti-démocratique du système européen.
Aucune remise en cause des traités, évidemment. Aucune critique frontale ni de l’euro ni du libre-échange. A peine y évoque-t-on le désir d’un « juste échange », mais sans jamais dire
comment il pourrait être mis en œuvre sans remise en cause des traités.
Bref, avec ou sans DSK comme chef de file pour 2012, le Parti Socialiste en est encore à des années lumières d’un début de
commencement de projet de rupture avec le système. Les Français se contenteront-ils d’élire des assistantes sociales de la mondialisation – le programme commun de l’UMPS ? Ou feront-ils le
choix d’une vraie alternative, qui va à la racine des problèmes, avec Debout la République ? La question est posée… Réponse en 2012.
Jérôme Lagae
Thibault Deleporte
DLJ Nord - Pas-de-Calais